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retour vers l'historique de Montreux-Vieux |
Montreux-Vieux est actuellement la localité la plus
importante du Sundgau « Welsche » (car cette région s’étend bien au-delà
des limites départementales et bon nombre d’habitants du Territoire de Belfort,
en particulier les personnes âgées, revendiquent encore la qualité de Sundgauviens).
Pour ce bourg (comptant aujourd’hui près de 1000 habitants) la guerre de
1870-1871 a été le point de départ d’un essor fulgurant. Alors que l’on
y dénombrait 294 âmes en 1871, la commune frôlait les 1000 habitants à la
déclaration de la grande guerre.
En effet, après le Traité de Francfort en 1871, Montreux-Vieux, annexé à
l’Allemagne avec l’Alsace-Lorraine, devint une gare frontière de premier
ordre avec tout ce qui s’y rattachait: gare de triage, arrêt de tous les
trains voyageurs y compris les rapides (ligne Paris-vienne), implantation
de fonctionnaires des chemins de fer, des douanes et de police, ainsi que
de plusieurs maisons de transport et d’expéditions. |
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L’empire... impérial
Corrélativement, des établissements industriels
s’installèrent dans la place tels que les distilleries Dürr-Delamare où
l’on produisait... du cognac à l’emplacement actuel des Filatures et Tissages,
conserves de champignons Laible, usine de fabrication de chaînes de bicyclette,
entre autres.
Les autorités allemandes entreprirent un vaste programme de construction
principalement dans la partie qui longeait la voie (au nord-ouest), qui
comportait des logements et bureaux pour les douaniers et les cheminots,
un imposant bâtiment pour les bains-douches et surtout un complexe s’étendant
sur des centaines de mètres de longueur et regroupant les installations
ferroviaires les plus diverses: gare de voyageurs, halles aux marchandises,
deux plaques tournantes, plusieurs postes d’aiguillages surélevés, une
station de décrassage des locomotives à vapeur, qui fonctionnait encore
durant la guerre 1939-1945, un château d’eau (déjà construit environ 60
ans avant l’actuel ) desservait les locaux de la gare, les pompes à eau
pour les locomotives même certains logements, ainsi que de multiples voies
de triage et de garage. En face de la gare fut érigé un bureau de poste
avec une tourelle, qui était l’aile sud de l’hôtel de la gare. Ce bureau
de poste fut détruit par les flammes le 29 septembre 1914. C’est à la
suite de cet incendie qu’on attribua à des espions allemands, Montreux-Vieux
ayant été libéré dès le 6 Août 1914 par l’armée française, que pour écarter
au maximum le danger de sabotage, il fut question pour la première fois
d’expulser les femmes d’origine allemande.
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La « Belle Epoque »
Une nouvelle église fut même construite, majestueusement,
avec les subsides du gouvernement de Berlin, afin de souligner le contraste
entre Montreux-Château (de l’autre côté de la frontière, donc en France)
où la vieille église médiévale tombait en ruine, faute d’entretien.
La gare comportait aussi le Buffet avec, comme l’on disait en ce temps-là,
le « petit et le grand restaurant » et les 1ère, 2e, et 3e classes séparées
comme dans les trains. Les autorités tenaient absolument à ce que ce buffet,
en somme première image de marque d’une Allemagne dont Bismarck se plaisait
à étaler la grandeur et la fierté, présente tous les éléments deconfort
et dispose d’un service impeccable. La partie 1ère et 2e classe, par exemple,
reflétait toute la splendeur de la Belle Epoque, avec ses sièges tout
capitonnés et ses bronzes. Dans ses prérogatives figurait la nécessité
de pouvoir servir aux clients, parmi lesquels se trouvaient souvent des
personnalités éminentes, des boissons fraîches. La réfrigération ne pouvait
s’effectuer qu’au moyen de la glace d’origine naturelle. Alors, à proximité,
l’on édifia une glacière.
La conception de cet ouvrage s’appuyait d’une part sur les observations
des phénomènes naturels ( tels les grottes de la Glacière dans la Doubs)
où, en été, l’air froid attiré en hiver, plus dense que l’air chaud, reste
au fond d’une excavation dont la circulation d’air est faible. D’autre
part, comme nous l’a indiqué M. Louis Abel, l’on s’était inspiré aussi
d’une technique employée depuis des siècles en Orient, notamment à Téhéran,
où, en hiver, l’on accumule la neige au pied d’un mur exposé au nord et
on la recouvre d’une épaisse couche de terre. A la saison chaude, cette
masse qui s’est agglutinée et transformée en glace ( comme les névés des
glaciers) est retirée et incorporée à des jus de fruits. C’est cette préparation
que l’on nomme là-bas (en arabe) chorbat, qui est devenu notre sorbet
français.
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La glacière, un puits dans une tour...
Cette glacière située au commencement de l’actuelle
rue des Tilleuls était donc à proximité immédiate de la gare, et date
des années ayant suivi le traité de Francfort probablement de 1873 ou
1875.
Elle se présente sous l’aspect d’une tour ronde d’une douzaine de mètres,
aux ¾ enterrée et à double paroi. L’entrée, de la largeur d’une porte
ordinaire se trouvait au niveau du sol. L’intérieur revêtait la forme
d’un puits de 3,5 m de diamètre de 8 m de profondeur depuis le sol. Tout
au fond, une canalisation permettait l’écoulement des eaux dans un ruisselet
qui coulait en contre-bas. Entre les deux parois constituées de murs de
45 cm d’épaisseur, presque exclusivement en blocs de grès des Vosges,
l’on accédait par la porte à un « chemin de ronde » qui comportait une
ouverture d’un mètre de largeur, donnant directement sur le haut de la
fosse. Cet orifice avait double fonction: d’abord le déversement de la
glace et sa récupération au fur et à mesure des besoins, et ensuite, le
refroidissement du « chemin de ronde ». Le haut de la tour, en somme une
sorte de chapeau du puits, était aussi à double paroi avec une circulation
indépendante d’air, le tout recouvert de terre et entouré d’arbre dont
l’ombre en accentuait encore la fraîcheur.
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Briser la glace
En hiver, par les grands froids (car de
l’avis unanime des personnes âgées, les hivers étaient plus rigoureux
que de nos jours) les cultivateurs parmi lesquels citons entre autres
les familles Cuenin, Besançon, Gevrier, Mangold, se rendaient avec leurs
chariots à chevaux à la rivière, ou surtout au Canal du Rhône au Rhin.
L’on brisait la glace de la surface gelée de ces plans d’eau et les morceaux
en étaient chargés sur ces voitures, transportés puis déversés au coeur
de la glacière jusqu’à son remplissage.
L’opération n’était pas si simple car il était indispensable que la glace
soit d’une épaisseur conséquente donc en général qu’on intervienne par
une température très basse. Ainsi la provision était assurée pour l’été
car la conservation de cette masse gelée se maintenait sans problème pendant
de nombreux mois. Dès que les journées chaudes apparaissaient, l’on allait
retirer la glace au moyen de crochets spéciaux, car il fallait d’abord
fractionner cette masse qui s’était agglomérée.
En principe, seul le buffet de la gare pouvait en disposer, mais un accord
permettait à la commune d’en prélever si besoin était. De même, les médecins
qui au XIX° et au début du XX° siècle, soignaient beaucoup à la glace,
pouvaient en cas d’urgence, s’en faire délivrer. Seuls quelques particuliers
privilégiés, comme la boucherie Braunstetter, par exemple, pouvaient de
temps en temps bénéficier d’une attribution. De façon à utiliser au maximum
les possibilités de ce réfrigérateur géant, l’on entreposait aussi les
fûts de bière dans le couloir intérieur (entre les doubles parois).
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L'OUBLI
Avec le rattachement de l’Alsace à la France après
la guerre 1914-1918, la gare de Montreux-Vieux perdit son importance.
Le magnifique buffet tomba en désuétude, la glacière n’avait plus de raison
d’être; elle fut encore louée un certain temps à un boucher et un restaurateur
de la place puis tomba dans l’oubli. L’un des derniers à l’approvisionner
fut M. Edmond Besançon, garde-champêtre et paysan à ses heures, qui la
convoyait du canal avec son tombereau et son cheval. Dans le même temps
d’ailleurs la fabrication industrielle de la glace, distribuée régulièrement
par les brasseries, s’était vulgarisée, et avait rendu inutile cette installation.Pendant
des années, elle devint un lieu de prédilection pour les enfants de la
localité.
Elle fut démolie en août 1985 par la SNCF. (L’Alsace, 4 Août 1985.)
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